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Rose Lamy: Ascendant Beauf

ME 18.11 19h

Rose Lamy: Ascendant Beauf

Photographie © Marie Rouge

Vous écoutez Francis Cabrel ou Joe Dassin plutôt que des artistes jugé-es plus “raffiné-es” de la chanson française comme Vincent Delerm ou Zaho de Sagazan ? Vous aimez chanter à tue-tête Les Yeux d'Émilie à la fête de la Saint-Martin ou au carnaval, sans ironie ni “plaisir coupable” ? Vous portez des prénoms régulièrement moqués dans les médias, comme “Kimberley” ou “Jordan” ? Vous préférez les karaokés, les fêtes populaires ou la musique commerciale à la culture dite légitime ? Alors vous avez peut-être déjà été catalogué comme un-e “beauf”.

Dans le cadre de cette conférence exceptionnelle, nous avons l'immense plaisir d'accueillir l'essayiste belge Rose Lamy. Comme elle l'écrit : « Le beauf, c'est toujours l'autre » : celui qu'on méprise pour ses goûts, son langage, sa culture… jusqu'à oublier que ce mépris est aussi une violence de classe.

Dans Ascendant beauf, Rose Lamy, issue de classes populaires rurales, revient sur son propre parcours pour analyser la domination culturelle et le mépris social qui frappent les milieux populaires. Son livre montre combien le capital culturel reste profondément hérité et difficile à acquérir. Il déconstruit également l'idée méritocratique selon laquelle « quand on veut, on peut ».

En reprenant la figure du “beauf”, inventée par le dessinateur Cabu dans les années 1970, elle cherche à retourner le stigmate : derrière ce mot se cachent souvent des jugements de classe visant les habitants populaires des petites villes et zones rurales. Le livre s'appuie notamment sur les analyses du sociologue Pierre Bourdieu sur la distinction sociale et le “racisme de l'intelligence”, c'est-à-dire la manière dont les dominants utilisent la culture pour justifier leur position sociale.

À travers cet essai, Rose Lamy propose également une critique politique d'une partie de la gauche bourgeoise et diplômée, qui considère parfois que « quand on veut, on lit, on fait des études, on se cultive », oubliant que tout le monde ne dispose pas des mêmes ressources sociales et symboliques. Elle interroge ainsi une partie de cette frange politique qui prétend défendre les classes populaires tout en méprisant parfois leurs goûts, leurs loisirs, leurs accents ou leurs références culturelles. Comment peut-elle encore parler aux classes populaires si elle continue à les considérer secrètement comme des “beaufs” ?

Mais Ascendant beauf n'est pas seulement un essai sociologique et politique : c'est aussi un texte intime et drôle, qui défend le droit à la dignité sans devoir renier ses origines. Rose Lamy y affirme qu'on peut aimer Francis Cabrel ou Joe Dassin, regarder la télévision plutôt qu'aller au théâtre ou à l'opéra, et rester pleinement légitime à penser, écrire et prendre la parole.


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